10.02.2009

L'inconnu du métro

Lundi, 19 heures. Je sors du bureau. D'un pas décidé, je me dirige vers la station de métro. Il fait froid, je remonte mon col, com' d'habitudeueueueu, pardon, je m'égare. Ce soir, j'ai de la chance, la rame qui doit me ramener dans mes pénates est déjà à quai. Je monte, et m'installe sur un strapontin.

Le type assis juste en face de moi ne m'est pas inconnu. Je l'ai déjà vu quelque part, mais ou ? Vêtu d'un long manteau gris, d'une paire de chaussures ayant largement vécu, il à le regard dans le vide. Je connais ce gars, j'en suis sur ...

Ça y est, je me souviens, mon disque dur interne vient de ressortir l'identité de "Monsieur Morose". Aucun doute possible, c'est bien lui. Dans les années 90, ce quidam était ce que l'on a coutume d'appeler "une star du petit écran". A l'époque, l'inconnu du métro enthousiasmait les foules, et faisait rêver la ménagère de moins de 50 ans. Il menait grand train, figurant régulièrement en premières pages de la presse people, puis un jour, pouf, plus rien. L'émission à succès qu'il présentait depuis pourtant plusieurs années a disparu  de la grille des programmes, et lui avec. Bien sur, pendant les mois qui suivirent, deux ou trois journaux  lui consacrèrent quelques articles mais la vedette est peu à peu retombée dans l'anonymat.

Quinze ans plus tôt, je lui aurais certainement adressé la parole, lui demandant conseils et astuces pour "réussir dans le métier". Aujourd'hui, il est là, à quelques mètres de moi, et je ne me souviens même pas de son prénom.

Ça fout les jetons ! Quand j'étais ado, je rêvais de devenir moi aussi "vedette de la télé". Signant des autographes, répondant à des interviews, j'aurais porté des lunettes noires pour que les gens me reconnaissent. Tous les ans, j'aurais passé mes vacances dans une somptueuse villa de Saint Tropez, chanté  pour les restos du coeur, milité contre la guerre, pour la paix, contre la torture des batraciens les soirs de pleine lune, parce que j'aurais été un mec bien.

Heureusement, rien de tout cela n'est arrivé. Quand j'y pense, je l'ai échappé belle ...

06.02.2009

Pas ma faute

C’est en parcourant un article paru dans le Mondele 30 janvier dernier que m’est venu le déclic.  Selon une étude très sérieuse menée par des scientifiques américains, la ville nuirait à notre cerveau. (Les scientifiques sont toujours américains, c’est comme ça, on y peut rien). En effet, selon ledit article, "après avoir passé quelques minutes dans une rue bondée, le cerveau est moins en mesure d'organiser les informations qu'il reçoit dans la mémoire. A l'inverse, la nature serait un élément extrêmement bénéfique pour le cerveau".   Depuis des années, (bientôt 40 ans selon une étude menée auprès de ma personne, par moi même), j’ai une fâcheuse tendance à oublier certaines choses de la vie courante : Rappeler untel, acheter du Sopalin parce que ça fait une semaine qu’y en a plus dans le placard, ranger çi, manger ça, faire des trucs vachement importants au bureau, la liste est non exhaustive. Si je ne fait pas pas tout ça, c’est pas ma faute, c’est parce que j’suis malade, na ! Ils le disent les savant américains, parce qu’ils ont vachement bossé là dessus, si je ne suis pas organisé dans ma caboche, c’est à cause des mobylettes et des Klaxons. J’ai besoin de verdure ! Offrez moi un arbre, un géranium, ou parce que les temps sont durs, une simple feuille de salade. Vous avez de la chance, en plus j’suis pas difficile.

05.02.2009

Il est venu, il a parlu

Hier soir, vous étiez plus de 15 millions devant votre téléviseur à écran plat acheté à crédit . 15 millions de chômeurs potentiels à suivre attentivement le monologue du petit monsieur tout nerveux en costume sombre.  C’est qu’il en avait des choses à dire sur la crise, notre chef à tous, hein ? Des choses importantes, primordiales même. Au risque de vous décevoir, je ne m'étendrai pas sur le contenu des propos de Monsieur N. D’autres personnes, plus aguerries au décryptage politique le feront bien mieux que moi.  Et puis, je dois vous avouer une chose. Une chose terrible. J’ai fauté. Oui, je le confesse, ici, devant vous car je ne pourrai garder plus longtemps ce lourd secret pour moi tout seul. Hier, je n’étais pas devant ma télé. Croyez-moi, ce matin, en réalisant mon geste, je me suis senti coupable. “Qu’ai-je donc fait là” me suis-je dit. “Ahahahahahahahah, honte sur moi, je ne suis qu’un monstre d'égoïsme, jamais je ne me pardonnerai d’avoir prêté aussi peu d’attention à la parole sacrée de notre maître, ahahahahahahah” ... Bon, j'exagère un peu quand même. Mais il est vrai qu’hier soir, bravant le couvre feu, je suis sorti. Errant dans les rues sombres et désertes de la capitale (forcément, vous étiez tous devant votre télé, bande de faillots) j’ai découvert une expo photo sur la chine, puis, la soif me tiraillant, je suis rentré dans un bistrot pour boire un verre, j’y ai rencontré des gens sympas (des rebelles, comme moi), nous avons discuté, puis bu un au verre, puis discuté, puis bu un autre verre,   mangé quelques tapas, j’ai fumé 3 cigarettes et pour terminer, je suis rentré en taxi. Au total, j’ai rapporté à l’état 5,20 Euros de TVA. En y réfléchissant, alors que vous étiez lamentablement avachis dans votre canapé Ikéa, à moitiés endormis, la bave au coin du bec, à écouter parler un type qu’en réalité vous n’aimez pas (ne mentez pas, je le sais), je m'efforçais au péril de ma santé, de renflouer le déficit colossal de notre nation, houououououou, pas bien, houuououououou ! Finalement, je me demande qui de vous ou de moi devrait avoir honte. Bonne journée quand même !